L’intimidation n’a peur de personne

Le texte de Mario Asselin, Idée intime http://voir.ca/jepenseque/2011/11/30/intimidation-une-intime-idee/, publié dans le Voir du 2 décembre dernier, m’a inspiré le billet suivant :
L’intimidation n’a peur de personne
• Très touchant Mario…
Hier, j’ai fait lire et écouter un reportage à 2 de mes groupes, des élèves de 15 à 17 ans. Certains se sont furtivement essuyé les yeux. On aurait pu entendre une mouche voler. Quand je suis venu pour prendre la parole, j’ai «ravalé un moton»… L’amorce de la discussion a donc été passablement difficile…J’ai d’abord parlé de moi, moi à leur âge, moi qui n’ai jamais été victime d’intimidation, qui n’ai jamais intimidé. Au pire, on me taquinait à cause de mes rondeurs, mais je savais rendre la monnaie…comme j’étais assez sportif, j’étais dans «la gang»…dans une gang.
Là où les élèves ont été le plus attentif, c’est quand j’ai parlé de l’intimidation dont j’ai été victime en tant qu’enseignant. 2 fois en l’espace de 18 ans. J’étais un adulte, mais les pensées que j’avais pour ces élèves intimidateurs n’étaient pas très…jolies. J’ai même couru dans un corridor après l’un d’eux. Je remercie Dieu aujourd’hui de ne jamais l’avoir rattrapé. Probablement grâce à mon éducation, à mes valeurs, à ma capacité en tant qu’adulte de relativiser les choses, j’ai réglé autrement, mais n’empêche, j’aurais dû confronter ces élèves en présence de leurs parents et de la direction…manque de couilles? Peut-être…mais puisque l’on dit souvent que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, je n’avais pas vraiment envie de me mettre les parents à dos, en plus de leur progéniture…
Pour l’un, le problème a été vite réglé par une rencontre avec le tuteur. Pour les deux autres, ce fut plus, mais comme tout arrive à point à qui sait attendre, j’ai eu la chance de leur livrer le fond de ma pensée avec pour témoin, mon supérieur immédiat de l’époque.
Enfin, la discussion avec mes élèves a bien tourné, ils ont réfléchi à voix haute et sur papier, puis sur Twitter en utilisant #Partajeunes alors que mon autre groupe a blogué sur le sujet…
Jamais nous ne devrions, comme société, accepter qu’un jeune mette fin à ses jours, quelle qu’en soit la raison.
Merci Mario pour ce partage. Il faut que ça cesse!

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A propos jeandore

J'enseigne le français au 2e cycle du secondaire. Je suis fou des requins et de la musique québécoise dite émergente. Mot que je trouve lette...émergente...
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7 commentaires pour L’intimidation n’a peur de personne

  1. Mario Asselin dit :

    Merci du feedback Jean. Quel beau billet… Quelle belle démarche… J’aurais aimé être dans ta classe !

  2. micdanis dit :

    Merci Jean pour le beau billet!

  3. Francois dit :

    Encore une fois, ton éloquence sait rendre justice à tes pensées.
    Super.
    Fier de faire partie de tes vieux chums!

  4. Normand dit :

    Agir face à l’intimidation
    L’intimidation fait présentement « LA UNE ». Les gens s’expriment et demandent de l’action. Plusieurs organismes travaillent déjà sur des éléments de prévention de la violence, le développement de ces initiatives et leur harmonisation doivent devenir des priorités.
    Pour débuter, nous devons comprendre quelques notions. La violence est un phénomène qui trouve ses origines dans de multiples facteurs, les solutions passent par la combinaison adéquate de diverses actions, de divers moyens d’intervention. Un seul acteur, soit le gouvernement, l’école ou les services sociaux, ne pourra pas venir à bout de la problématique.

    Pour agir efficacement, il faut une mobilisation communautaire. La majorité des structures, des programmes et des expertises existent déjà; ces approches déjà ont été objet de recherches et de rapports. Il faut maintenant mobiliser les ressources et donner une meilleure cohésion à l’action.

    L’information et la sensibilisation ne suffisent plus. En ce qui concerne la prévention de la violence cette réalité est bien connue. Les adultes qui encadrent l’environnement social des jeunes doivent mettre leurs interventions au même diapason. Il est nécessaire de transférer de nouvelles compétences aux jeunes. Il faut mettre en place des moyens d’action pour permettre d’appliquer et d’assimiler ces compétences afin que les jeunes et le milieu les intègrent. Puis, finalement, il faut nous assurer que les moyens appliqués couvrent les divers milieux de vie de nos jeunes, de l’école, aux activités sociales et bien entendu la famille.

    L’école soutenue par sa communauté :
    La solution est entre les mains de l’école, soutenue par l’action communautaire. Déjà nombreuses sont les écoles qui ont compris que leur fonctionnement efficace dépendait d’une étroite collaboration avec les CPE, les organismes d’aide alimentaire, les organismes de sport étudiant, d’aide au devoir et les maisons de jeunes. Pour ces écoles, l’école soutenue par sa communauté est déjà une incontournable réalité du quotidien. La voie pour véritablement mettre en échec les gestes d’intimidation et de violence passe par une intensification de ces collaborations. Pour plusieurs intervenants sur le terrain, c’est dorénavant une évidence.

    Les moyens d’action :
    Ajustement de la structure scolaire : Les adultes sont au cœur de l’action. Ils doivent s’entendre sur le fait que les comportements violents sont une déviance sociale de nos jeunes, souvent lié à un encadrement social inadéquat. Ils reflètent très souvent une négligence de l’importance de l’autre pour soi, et d’importants manques dans la maîtrise des habiletés sociales indispensable au développement de relations harmonieuses. Grâce à la complicité et au soutien des parents et de leur communauté, nos écoles doivent s’outiller pour transférer ces nouvelles compétences aux jeunes. Les adultes doivent permettre à ces jeunes de les mettre en œuvre dans leur milieu de vie. Nos jeunes sont eux même la meilleure ressource d’intervention en prévention des violences qu’ils vivent.

    Harmoniser les pratiques : Tous doivent agir de façon cohérente. Le point de départ devrait être l’harmonisation des pratiques en gestion saine des conflits entre les intervenants scolaires, les surveillants de pauses, les services de garde, les services de brigadiers scolaires, les intervenants jeunesse dans les communautés et les parents. Ces personnes qui interviennent auprès des jeunes doivent comprendre que la seule imposition d’une discipline ne suffit pas. Il faut faire appel aux initiatives du milieu qui responsabilisent les jeunes. On doit faciliter le transfère aux jeunes de nouvelles habiletés et leur permettre de les mettre en application dans le quotidien. L’interaction continue entre ces intervenants dans un milieu donné est indispensable, et devrait être au cœur de la fonction des Conseils d’Établissement scolaire et des comités de parent de nos Commissions.

    Services d’assistance axés vers le soutien individuel : Les jeunes peuvent apprendre l’empathie. Plusieurs programmes en prévention de la violence ont été testés et ont montré leur valeur pour identifier les jeunes sujets à être victime, ou abuseur. Pour repérer les jeunes isolés et marginalisés dans les milieux scolaires on a déjà établis divers systèmes. Des boîtes postales permettant d’échanger des messages entre jeunes lors de journées propices et des activités sociales ayant pour but d’optimiser la participation de tous sont souvent organisées. Des services d’écoute jeunesse ont été offert par des jeunes à leurs pairs. Bien d’autres initiatives d’assistance responsabilisant les jeunes face aux autres fonctionnent dans nos écoles. L’identification avancée des jeunes vulnérables est une importante clé d’intervention face aux violences. Nos écoles possèdent les spécialistes capables d’appuyer ces actions.

    Programme d’estime de soi et de développement des habiletés sociales : Un jeune confiant en ses capacités pose rarement des gestes de violence. Nombreux sont les programmes de développement de l’estime de soi disponibles. Souvent ces programmes sont basés sur la mise en situation de conflit ou de tensions des jeunes. Les jeunes sont formés à reconnaître leurs forces, à savoir se mettre en valeur et s’affirmer. Ils apprennent aussi à être en mesure de gérer les situations de tension et de stress qui sont associées aux gestes d’affirmation de soi. Ces exercices de développement d’habiletés sociales sont souvent associés à un processus de familiarisation et d’acceptation des règles de vie d’un milieu. Plusieurs programmes de leadership travail en ce sens, en influant sur les comportements entre pairs et en développant la capacité d’écoute et d’empathie des jeunes. Les cours axés sur le développement des habiletés sociales travaillent déjà ces aspects dans le programme éducatif du Ministère.

    Services de gestion saine des conflits et de médiation par les pairs : La meilleure voie pour apprendre, c’est en aidant à solutionner les petites chicanes. Plusieurs de ces programmes ont été établis, et ce, dans de nombreuses écoles. Ces programmes sont efficaces car ils permettent aux jeunes de jouer le rôle de tiers dans un conflit, et de cette façon d’assimiler les compétences de gestion saine des conflits. La particularité de ces programmes est le fait que les jeunes apprennent assimiler les compétences de paix par l’offre d’un service concret à leurs pairs. Le jeune raffine les techniques d’écoute, de communication constructive et leurs habiletés à désamorcer les situations de tensions. L’expertise pour la mise en œuvre de ces approches est bien établie et documentée au Québec.

    Service d’accompagnement communautaire préventif : Il faut aussi agir dans l’environnement périphérique de l’école. Pour compléter les interventions en milieu scolaire, une structure efficace d’accompagnement communautaire préventive doit venir en appui. On doit s’assurer de la complémentarité de ces services avec les nombreux programmes qui prennent charge des jeunes en périphérie des activités scolaires, ce qui ne devrait pas représenter un défi insurmontable. Déjà, plusieurs projets d’harmonisation existent entre les services de garde, les programmes de brigadiers scolaires et les services d’aide aux devoirs. D’autres initiatives communautaires, capables de venir compléter cette prise à charge communautaire des jeunes sont en développement et en évaluation. Dans certaines régions, les maisons de jeunes prennent à charge les jeunes dès leur sortie de l’école dans le cadre des programmes d’aide aux devoirs. L’initiative Trottibus mise en place par la Société canadienne du Cancer pour les très jeunes du primaire peut jouer un rôle, et inspirer d’autres avenues d’accompagnement préventif. Le projet des Anges de la Sécurité du resto à Ville Saint-Michel est aussi une approche intéressante au niveau primaire. Le travail en ce sens est déjà bien amorcé et ne représente pas un défi insurmontable.

    Programmes de soutien communautaires aux jeunes en difficulté : Les jeunes à problèmes, expulsés des classes, sont de moins en moins laissés à eux même. Plusieurs ne vont plus à la rue comme ce fut le cas. Des organismes communautaires offrent une alternative à la suspension scolaire, les jeunes sont encadrés et on leur offre la possibilité de corriger leur attitude face au milieu scolaire. Dans le cas de gestes d’incivilité envers autruis, il y aurait possibilité d’envisager l’intégration à ces programmes de mesures de réparation des tors causés. Ce genre de service doit s’étendre, et ces organismes doivent pouvoir compter sur la possibilité d’offrir de véritables voies de sortie des difficultés à ces jeunes, et ainsi les raccrocher à la priorité d’apprendre. N’oublions pas que les jeunes expulsés sont souvent ceux qui sont laissés à eux même, et qui se donne un pouvoir en intimidant. L’intimidation est pour plusieurs une façon de reprendre du pouvoir sur une réalité de déceptions. Ces programmes sont de plus en plus largement implantés grâce au travail des YMCA.

    Contraintes actuelles :
    Bref, les principaux jalons de l’intervention en prévention de la violence sont connus. La majorité des moyens demandent la mise en place d’une composante d’intervention facilitant la mise en application en continu des compétences acquises, autrement ces programmes auront un impact très limité. Ces initiatives sont lourdes en investissement de temps. La mise en fonction de ces programmes impose l’allocation d’une ressource à temps plein pour en faire un outil efficace développement des compétences. Pour une coordination adéquate et une actualisation continue; elles demandent aussi l’implication de comités bénévoles. Les parents doivent s’y investir; mais dans plusieurs cas, il semble que seul le milieu communautaire soit en mesure d’en assurer la pérennité. L’arrimage avec des ressources compétentes et pérennes du milieu est donc indispensable au succès de ces approches. Le fait que souvent des intervenants scolaires soient réaffectés et quittent les projets déstabilise, retarde et hypothèque la poursuite des activités. Le maintien de ce type de service et le soutien de son fonctionnement ne peut pas être entièrement la charge des professionnels du milieu. Les enseignants et les professionnels sont accaparés par l’enseignement et l’assistance aux cas lourds des jeunes qui font faces à de multiples difficultés. On constate que l’action du milieu environnant l’école est indispensable au maintien et au développement de ces formes d’intervention.

    Contrer l’intimidation :
    L’intimidation n’est qu’une forme particulière de violence. Elle est plus subtile, car elle ne se matérialise pas toujours en des gestes physiques. Il est indispensable que les jeunes et les gens des milieux scolaires développent les attitudes et les bons réflexes pour reconnaître et faire face à ces situations. Ce n’est pas par des conférences, la diffusion d’information et le lancement de campagnes de sensibilisation que les bons réflexes se développeront. Des ateliers doivent permettre de créer des mises en situation et des jeux de rôle pertinents; des scénettes doivent être crées afin de permettre aux jeunes d’étudier les façons de faire; de ressentir les sentiments vécus de part et d’autre, puis de développer les réflexes adéquats lors de situations d’intimidation. Le théâtre d’intervention devient donc un outil indispensable dans le développement de moyens efficaces pour contrer l’intimidation.

    Nous devons aussi permettre aux jeunes de mettre en application les compétences acquises en les responsabilisant face à ces situations. Les jeunes du second cycle du primaire pourraient offrir un service d’accompagnement préventif aux jeunes du premier cycle. Les jeunes du premier cycle du secondaire pourraient aider à mettre enplace des programmes de médiation avec le second cycle du primaire et ainsi de suite. Apprendre à détecter les incivilités, à contrer ces comportements, à isoler les jeunes qui perpétuent ces comportements ou à les référer aux adultes en mesure de les aider à les désamorcer sont des compétences à la portée des jeunes.

    La lutte à l’intimidation est donc loin d’être un objectif insurmontable. C’est un processus d’éducation à la vie en société. Les moyens de passer à l’action sont connus, la grande partie des ressources sont disponibles; à nous d’organiser et d’intégrer le tout.

    Normand
    http://www.nonviolence.ca

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